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Les pratiques d’échanges matériels et immatériels, de négociations et de communications interculturelles

Les pratiques d’échanges matériels et immatériels, de négociations et de communications interculturelles sont au cœur de plusieurs projets de recherche. Il s’agit notamment d’étudier des sociétés d’empire à travers les relations intra- et intercommunautaires dans un même empire, de part et d’autre de la frontière, ou en diaspora : entre Juifs et Arméniens dans l’Empire ottoman notamment à partir des archives de l’Alliance israélite universelle ; entre Arméniens et Azéris au Caucase russe ; entre les Caucasiens dans l’émigration autour de l’opposition à l’URSS (C. Mouradian). Marie-Karine Schaub, qui étudie la professionnalisation des diplomates au tournant des 17e-18e siècles, s’intéresse aux pratiques de négociation entre pouvoir et élites centrales et locales où se jouent des questions culturelles, politiques, internationales, essentielles pour comprendre aussi la construction de l’empire, à travers la structuration du langage et de pratiques communes permettant le dialogue, au-delà du moment guerrier. Radu Paun, dans un projet sur les États vassaux de l’Empire ottoman situés entre l’empire russe orthodoxe et l’empire des Habsbourg catholique, interroge la notion de communication culturelle entre des parties qui ne parlent pas la même langue, ni ne partagent les mêmes valeurs, d’où des négociations compliquées et des malentendus multiples. L’un des enjeux est d’analyser les pratiques de gouvernement aux frontières de l’Empire ottoman, le transfert et la mise en œuvre d’idées en miroir, le traitement des révoltes. Claire Mouradian projette une comparaison sur les pratiques administratives des trois empires qui se partagent l’Arménie au xixesiècle, à travers la biographie de trois hommes d’État d’origine arménienne, Loris Melikoff en Russie, Melkom Khan en Iran, Nubar Pacha dans l’Empire ottoman (Égypte), réunis au-delà des frontières par une volonté similaire de transformation des empires autocratiques en monarchies constitutionnelles. Des thèses d’Oykü Gurpinar sur la mémoire du génocide des Arméniens à l’école, avec une étude comparative des manuels d’histoire en Turquie, en Arménie et dans la diaspora, et d’Élodie Gavrilof sur la fabrique comparée de l’homo turcicus et de l’homo sovieticus dans les écoles arméniennes de la République turque et de l’Arménie soviétique s’inscrivent également dans cette problématique des négociations et des communications interculturelles, à travers notamment des projets pédagogiques.
Des travaux sur le patrimoine, avec des échanges et des circulations afférentes, se rapportent aussi à cet ensemble de questions. Le projet doctoral d’Ana Cheishvili sur la circulation des collections d’objets caucasiens constituées dans les musées français au fil des missions scientifiques françaises qui se sont multipliées au xixe siècle, a pour enjeu de reconstituer l’itinéraire de ces objets, d’étudier la biographie des « collectionneurs », les échanges avec les « collectionneurs » de l’Empire russe, et enfin l’apport de ces collections à la réflexion sur les transferts culturels et sur l’évolution comparative des sciences sociales aux xixe et au xxe siècles en France et en Russie, et plus largement en Europe. Ketevan Djavakhishvili a entrepris d’étudier pour sa thèse la fabrique du patrimoine géorgien depuis les années 1960, en Géorgie même, en retraçant les enjeux économiques et politiques, et en identifiant les acteurs, les politiques culturelles anciennes et nouvelles, avec leur dimension internationale. Astrig Atamian envisage un autre type d’échanges et de circulations, celle des marchandises de luxe entre l’Union soviétique et la France à partir du commerce du caviar dont l’entreprise Petrossian, fondée par des Arméniens originaires du Caucase, a eu le monopole et dont les archives lui ont été ouvertes.

Le facteur religieux dans l’affirmation et/ou la distinction politique des sociétés d’empire

Le facteur religieux dans l’affirmation et/ou la distinction politique des sociétés d’empire traverse un autre ensemble de projets, qu’il s’agisse du rôle joué par les différentes confessions comme opérateurs de frontières dans les confins orientaux de l’Europe contemporaine, ou au Caucase, du rôle comparé de l’institution ecclésiale arménienne dans les trois empires russe, ottoman et persan au xixe siècle entreprise par Claire Mouradian, comme une étape d’une histoire politique et sociale de l’Église arménienne à l’époque contemporaine tant dans le cadre des empires que de l’État national et en diaspora. Laurent Tatarenko poursuit un projet de cartographie des paroisses du xvie au xviiie s., en particulier en Ukraine. Les recherches de Radu Paun se développent sur deux axes. Le premier concerne les échanges des pays orthodoxes avec le Mont Athos et se propose de cerner les mécanismes et les enjeux de la dévotion. Le deuxième étudie les relations complexes entre les prophéties sur la ruine imminente de l’Empire ottoman et les mouvements anti-ottomans qui se sont produits dans les Balkans aux xvie -xiiie siècles. Elena Astafieva s’intéresse au rapport entre théologie, religion et politique dans la Russie impériale (fin du xviiie  s.-debut du xxe s.) à travers les processus de formation dans le système d’enseignement ecclésiastique du savoir « officiel » de l’Église russe sur « l’hétérodoxie » et sur l’orthodoxie, et de sa diffusion parmi une large population russe orthodoxe. Il s’agit ici de réfléchir à la manière dont ce savoir a été repris et mis en œuvre par le pouvoir impérial dans sa politique à l’intérieur (dans la gestion des « confessions étrangères », comme l’islam, le catholicisme, le protestantisme, etc.) et à l’extérieur de l’Empire, notamment en Palestine et Syrie, où la Russie s’impose comme grande puissance face aux pays européens. Pour la période très contemporaine, Silvia Serrano engagera une recherche sur l’islam en Fédération de Russie (notamment en Volga-Oural) en interrogeant la question du religieux en tant que « service public », à la fois du point de vue des dynamiques sociales et des réponses étatiques à celles-ci. David Abuladzé a engagé une thèse sur l’élaboration des politiques publiques de la Géorgie à l’égard de ses communautés musulmanes depuis l’indépendance, avec l’importance accrue de la question religieuse tant du fait de l’affirmation orthodoxe que des répercussions du contexte international, notamment de la guerre en Syrie dans laquelle certains membres de la minorité tchétchène du pays se sont engagés aux côtés de Daech et contre un allié de la Russie et peuvent revenir radicalisés.

Les savoir-faire guerriers et militaires

Les savoir-faire guerriers et militaires constituent un troisième objet de recherche au sein de cet axe. Masha Cerovic, élue maîtresse de conférences à l’EHESS en 2017, commence à explorer les guerres irrégulières menées par les Cosaques (comparés aux régiments hamidiye de l’Empire ottoman, formés sur leur modèle), et leur utilisation par le pouvoir pour conquérir et gérer les zones frontalières de l’empire, de la fin du xixe siècle à la révolution et à la guerre civile avec les armées rouges. La recherche doctorale de Lina Tsrimova, soutenue par une allocation du Labex Tepsis, analyse la construction de l’image du Caucasien par les militaires russes et l’arsenal de discours justifiant la violence tout au long de la conquête du Caucase, de la fin du xviiie siècle aux années 1860, et l’exode forcé des montagnards musulmans vers l’Empire ottoman. Une autre forme de guerre irrégulière est étudiée par Lusiné Navasartyan dont la recherche doctorale est consacrée aux volontaires arméniens dans l’armée russe sur le front du Caucase peu étudié de la première guerre. Ce projet porte sur la « mythologie » de ces volontaires, embryon de l’armée nationale, dans la reconstitution de l’État arménien. Les violences, fractures, mobilités forcées à la frontière caucasienne des deux empires ottoman et russe sont aussi au cœur des recherches de deux membres du laboratoire. Ainsi, Shivan Darwesh étudie dans sa thèse les migrations des Kurdes Yézidis sur le long xixe s., plus particulièrement vers le Caucase russe, tandis que Burak Oztas étudie la construction d’une nouvelle diaspora tchétchène consécutive aux récentes guerres, qui fait se rencontrer les anciens exilés des guerres du Caucase du xixe s. et ceux des conflits post-soviétiques.

Partenariats

École française de Rome
École française d’Athènes
Centre français de Jérusalem
Centre d’études en sciences sociales du religieux (Césor)
Centre d’Études Turques, Ottomanes, Balkaniques et Centrasiatiques (CETOBAC)
Centre de Recherches Historiques (CRH)
École Pratique des Hautes Études (EPHE)
Haut Collège d’Économie de Moscou
Centre d’Études Franco-Russe (CEFR) de Moscou