Les trajectoires d’Octobre 1917 : Origines, échos et modèles de la révolution | Trajectories of October 1917: Origins, Reverberations and Models of Revolution

Du 19 au 21 octobre 2017, à Paris, l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et Labex Tepsis organisent un colloque sur les échos et les conséquences à long terme de la Révolution bolchévique d'Octobre 1917.

Appel à contribution (PDF, 68 ko)

Dans l’histoire de la Russie puis de l’Union soviétique, point n’est besoin de rappeler qu’Octobre 1917 fut un moment fondateur tant cette évidence s’impose aux yeux des historiens. Les révolutions russes de Février mais surtout d’Octobre offrent de nouveaux cadres de pensée politique, une conception inédite de la société, un bouleversement radical du système économique. Dès lors, la révolution est incarnée, tout autant pour ceux qui lui sont favorables que pour ceux qui lui sont hostiles. En Russie, ce moment cristallise les tensions accumulées entre une industrialisation tardive et spectaculaire et un monde rural dominant, le tout accentué par la guerre.

Octobre 1917 n’est pas que fondateur, il est aussi héritier des reformulations des processus politiques, économiques ou sociaux qui débutent à la fin du XVIIIe siècle pour se développer tout au cours du siècle suivant, avec l’industrialisation des États européens. 1917 a fait l’objet d’une large historiographie qui naît très tôt, durant les années 1920, se déploie après la Seconde Guerre mondiale et durant la guerre froide, offre à penser de façon très diverse l’événement révolutionnaire, les histoires ainsi écrites étant articulées aux débats politiques et sociaux contemporains de leur écriture, tant ce moment a longtemps été le point d’ancrage d’antagonismes politiques. Aujourd’hui encore, des travaux récents, réalisés dans un contexte intellectuel et politique nouveau, invitent à reconsidérer l’histoire de cette période.

Hors des nouvelles frontières de la Russie tracées par les révolutionnaires, 1917 ouvre une longue période où cette expérience révolutionnaire sert d’exemple et joue un rôle messianique dans le monde entier. Tout au long du XXe siècle de nombreux mouvements politiques s’en revendiquèrent, choisissant dans la « boîte à outils » constituée par 1917, les éléments qui s’adaptaient à un objectif, une situation révolutionnaire, l’établissement d’un nouvel ordre politique et social.

L’objet du colloque que nous envisageons à l’automne 2017 n’est pas tant de repenser ou de refaire l’histoire de 1917 en Russie que d’engager une réflexion sur l’histoire des révolutions qui empruntent à 1917, en ce qu’elles s’en rapprochent dans leur mécanisme, dans leur déroulement, à travers en particulier ce qu’elles portent d’explosion sociale, d’implosion de l’autorité et de construction d’une autre forme d’État. Ce colloque a aussi pour objectif de voir, plus largement, à quel point les modes de représentations sociaux et économiques qui naissent de 1917, même s’ils cristallisent des transformations antérieures, marquent durant le XXe siècle les sciences sociales, les représentations en général et les manières d’agir, politiques en particulier. Il vise aussi à interroger le devenir de cet héritage révolutionnaire après 1991.

Autour d’Octobre 1917, nous proposons donc de faire dialoguer les historiens de 1917, à même d’apporter des éléments nouveaux d’interprétation et d’analyse de ce mouvement révolutionnaire dans l’Empire russe, avec des chercheurs travaillant sur d’autres aires et des périodes ultérieures, confrontés eux aussi à la question de 1917 dans l’analyse et l’interprétation de mouvements révolutionnaires.Pour mener à bien cette entreprise de croisement des recherches, nous organisons un colloque du 19 au 21 octobre 2017, auquel seront invités des chercheurs de différentes disciplines et spécialistes de divers espaces. Ce colloque ne traitera pas d’Octobre 1917 en tant que tel, mais de ses échos, de ses influences, de ses conséquences sur le long terme, dans une perspective résolument mondiale. Nous envisageons de structurer les présentations et débats autour des problématiques qui suivent. Si la première problématique portera plus spécifiquement sur la Russie, les cinq autres concernent le monde dans son ensemble (sachant qu’en bout de parcours, seulement quelques espaces seront parcourus) :

1917, une révolution russe ?

Il s’agit de s’interroger sur le contraste entre le « caractère universel » de la révolution d’Octobre et l’ensemble de traits qui l’ancrent dans l’histoire impériale, politique et sociale de la Russie. Cet axe sera le seul qui interroge spécifiquement Octobre lui-même. Il évoquera les révisions de 1917 dans l’historiographie.
Concept et ethos de la « révolution » après 1917 : Comment se reconfigure l’idée de révolution après Octobre 1917. Il s’agit de s’interroger tant sur la notion de révolution, les transformations qu’induisent Octobre, que sur les pratiques révolutionnaires qui suivent 1917, et ce en divers lieux et périodes. Il s’agit aussi d’intégrer non seulement la révolution en tant que rupture politique et sociale, mais aussi ce qui lui est associé, telle la passion révolutionnaire, les mythologies révolutionnaires, les reconfigurations induites de l’ethos révolutionnaires et les nouveaux modèle de subjectivation, etc.

L’impact de 1917 sur les catégories et pratiques des sciences sociales

Discuter des catégories des sciences sociales qui s’affirment, s’affermissent avec 1917 : radicalité, violence, effondrement, explosion sociale et implosion de l’État, de la société, reconfiguration des formes d’autorité et de hiérarchies, représentation de l’espace social sous forme antagoniste, empreintes diverses du marxisme, etc. et interroger la manière dont ces différentes catégories furent réutilisées, transformées au gré d’autres révolutions ou bouleversements politiques et sociaux, que ce soit en référence positive ou au contraire négative à 1917. Quelle articulation peut-on observer entre épisodes révolutionnaires et formation de la pensée sociale, avant et après Octobre 1917. Si les formes d’existence des sciences sociales après 1917 seront étudiées, on s’intéressera aussi à celles de leur étouffement.

L’effet de souffle de 1917

Comment se structurent les champs politiques et les horizons d’attentes face à la révolution, que ce soit à travers des versions complémentaires, inspirées ou antagonistes face à 1917 : fascisme, anti-communisme, anti-colonialisme, traditionalisme, radicalisation, démocratie. Ici, nous nous interrogerons sur ce qu’Octobre en soit a induit comme autres mouvements politiques, par séduction ou effet contraire. On pourra se demander, par exemple, en quoi le développement du fascisme d’un côté, de l’anti-colonialisme de l’autre, puise dans Octobre 1917 ou en quoi le mouvement révolutionnaire n’est qu’un élément parmi d’autres, dans la construction pratique et théorique de ces mouvements.

Pratiques politiques après Octobre 1917

Traiter des effets politiques considérables en particulier en Europe de l'organisation et du type d’engagement politique propre (le parti et le militant bolchevik) ainsi que du mode de prise du pouvoir et des nombreux et larges débats que cela a provoqué. À ce titre, que peut-on dire de la révolution d’Octobre comme « boîte à outils » des mouvements révolutionnaires dans le monde. Quelles conséquences pratiques a eu la révolution d’Octobre sur la forme des autres mouvements se réclamant d’une rupture politique et sociale (mouvements anti-coloniaux, mouvement de contestation d’un ordre social, etc.) ?

L’épuisement du modèle d’Octobre.

Etudier la disparition de la référence révolutionnaire ce qui peut se traduire, comme l’a dit Berlinguer (dirigeant du PC italien), par « l’épuisement de la force propulsive de la révolution d’Octobre ». Rechercher comment les pratiques et les pensées de l’émancipation se définissent par la mise en critique de cet échec. Penser l’effacement du modèle de 1917 dans les sociétés contemporaines à l’épreuve des modèles démocratiques, libéraux ou autres, portés par les révolutions de velours ou d’autres mouvements d’émancipation et de contestation des ordres politiques établis.


APPEL À CONTRIBUTION

Les personnes intéressées sont priées d’envoyer, avant le 15 octobre 2016, à l’adresse trajoc1917@gmail.com une proposition comportant :

Une page de résumé, incluant l’axe dans lequel s’insère la proposition ;
un CV d’une page, incluant l’institution d’appartenance, le parcours professionnel, les champs de recherche, les publications principales ;
Une indication sur les demandes de financement (Demande de financement du voyage ? Demande de financement du logement ? Estimation du coût) ;
Un engagement écrit à envoyer votre contribution pour le 1er septembre 2017 au plus tard et autorisant à sa diffusion via un site à accès protégé, aux personnes inscrites au colloque (sans droit de citation).
Compte-tenu des modalités d’organisation du colloque, un nombre limité de propositions seront retenues, après examen par les membres du conseil scientifique, tant en fonction de la pertinence de la proposition que de la cohérence des sessions qui seront proposées. Les réponses aux propositions seront envoyées pour le 15 décembre 2016.

Modalités concrètes : Le colloque sera organisé de façon à encourager de véritables débats, alternant 3 modes de présentations : un ou deux papiers de synthèses ; séance de quatre interventions avec discussion; table ronde. Chaque intervention aura été envoyée un mois et demi avant le colloque, de façon à circuler. Elles seront mises à disposition sur un site consacré.


ORGANISATEURS

École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et Labex Tepsis (Transformation de l’État, politisation des sociétés, Institution du social)


Partenaires

Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (Cercec, EHESS/CNRS, Paris), Centre d’histoire de SciencesPo (Paris), Université Paris-Diderot, Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (GIP BULAC, Paris), Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC, Nanterre), Fondation maison des sciences de l’homme (FMSH, Paris), Université de Strasbourg, Centre Marc Bloch (Berlin), Centre d’études franco-russe (CEFR, Moscou).

Conseil scientifique

Alain Blum (Cercec, EHESS), Hamit Bozarslan (Cetobac, EHESS), Oleg Budnitskii (Université nationale de Recherche – Haut collège d’économie, Moscou), Juliette Cadiot (Cercec, EHESS), Sophie Coeuré (Université Paris-Diderot), Yves Cohen (CRH, EHESS), Françoise Daucé (Cercec, EHESS), Sabine Dullin (Centre d’histoire de Sciences Po), Catherine Gousseff (Centre Marc Bloch, Berlin), Frédéric Gros (Sciences Po), Bruno Karsenti (Lier, EHESS), Emilia Koustova (GEO, Université de Strasbourg), Stephen Kotkin (Department of History, Princeton University, États-Unis), Marc Lazar (Centre d’histoire de Sciences Po), David Mayer (IISH, Amsterdam), Valérie Mélikian (Cercec, EHESS), Alessandro Stanziani (CRH, EHESS), Alexandre Sumpf (Université de Strasbourg), Marcel Van der Linden (IISH, Amsterdam).

 

Call for papers (PDF)

Description and Aim

In the history of Russia and the Soviet Union, to say that October 1917 was a foundational event is to state the obvious. The Russian Revolutions of February and especially October introduced new frameworks for political thought, an unprecedented conception of society, and a radical overhaul of the economic system. October 1917 was the incarnation of the revolution, both for those who supported it and for those who were hostile to it. In Russia, it was the moment that crystallised the mounting tensions between late but spectacular industrialisation and a dominant rural world, exacerbated by the First World War. But October 1917 was at once a foundational event and the consequence of the reformulations of political, economic and social processes that had begun in the late eighteenth century and developed over the course of the nineteenth as Europe industrialised. 1917 has been the object of an extensive historiography, which emerged as early as the 1920s and developed after the Second World War and during the Cold War, and which offers diverse perspectives on the revolutionary event, since every history has been linked to the political and social debates contemporary with its writing, so much was October 1917 the anchoring point of political antagonisms. Even now, studies undertaken in a new intellectual and political context invite us to reconsider the history of the period.
Outside the frontiers of Russia redrawn by the revolutionaries, 1917 ushered in a long period during which the revolutionary experience of October would serve as an example and play a messianic role around the world. Throughout the twentieth century, numerous political movements invoked October 1917, selecting from the 1917 "toolkit" elements that were in sympathy with an aim, a revolutionary situation or the establishment of a new political and social order. The idea of the conference we are organising in autumn 2017 is not so much to rethink or remake the history of 1917 in Russia, but to discuss the history of the revolutions whose mechanisms and development borrowed from 1917, particularly in terms of social explosion, implosion of authority and construction of another form of state. The conference also seeks to discuss, more broadly, to what extent the social and economic modes of representation derived from 1917, although they crystallised earlier developments, influenced the social sciences, representations in general, and action – particularly political action – in the twentieth century. We are also interested in what became of that revolutionary legacy after 1991.
Around the overarching theme of October 1917, we are seeking to foster dialogue between historians of 1917 who can make new contributions to the interpretation and analysis of that revolutionary movement in the Russian Empire, and scholars working on other areas and on later periods who also deal with 1917 in their analysis and interpretation of revolutionary movements. To bring all of this research together, we are holding a conference, from 19 to 21 October 2017, in which scholars from various disciplines and specialists of different areas are invited to participate. The conference will not address October 1917 per se, but its long-term influence and impact, from a global perspective. We proposed to structure the presentations and debates around the following themes. While the first theme will look specifically at Russia, the other five concern the world (even if, ultimately, only some areas will be covered):

  • 1917, a Russian revolution? This theme is concerned with the contrast between the "universalism" of the October Revolution and the aspects that anchor it to the imperial, political and social history of Russia. This is the only theme that will deal specifically with October itself. It will encompass the revisions of 1917 in historiography.
  • The revolutionary concept and ethos after 1917: How was the idea of revolution configured after October 1917? This theme is concerned with the concept of revolution and the transformations introduced by October, and with the revolutionary practices that followed 1917 in different places and periods. It deals not only with revolution as a political and social rupture, but also with phenomena associated with revolution, such as revolutionary fervour, revolutionary mythologies, the new revolutionary ethos and the new models of subjectification, etc.
  • The impact of 1917 on categories and practices in the social sciences: This theme will explore the social science categories that emerged with and were reinforced by 1917 – radicalism, violence, collapse, social explosion, the implosion of state and society, new forms of authority and hierarchy, an antagonistic representation of the social space, different strands of Marxism, etc. – and investigate the way in which these different categories have been reused and transformed by other revolutions or political and social upheavals, whether in positive or negative reference to 1917. What links can we observe between revolutionary episodes and the formation of social thought, before and after October 1917? While the forms in which the social sciences existed after 1917 will be studied, we will also take an interest in the forms that were suppressed.
  • The slipstream effect of 1917: How have political landscapes and horizons of expectation been structured by revolution, through movements complementary to, inspired by or antagonistic to 1917, including fascism, anti-Communism, anti-colonialism, traditionalism, radicalism and democracy? This theme will look at other political movements induced – by attraction or repulsion – by October 1917. For example, what did the development of fascism and anti-colonialism owe to October 1917, or was revolution only one element among several in the practical and theoretical construction of those movements?
  • Political practices after October 1917: This theme covers the enormous political impact of October 1917, particularly in Europe: its organisation, the type of political engagement (the Bolshevik Party and the Bolshevik activist)and the mode of seizing power and the far-reaching debates this triggered. To what extent can the October Revolution be considered a "toolkit" for revolutionary movements around the world? What practical influence did the October revolution have on the form of other movements that demanded political or social rupture (anti-colonial movements, movements contesting a social order, etc.)?

 

  • The exhaustion of the October model: As Berlinguer, the leader of the Italian Communist Party, famously said, "the thrust of the October Revolution has been exhausted". This theme deals with the disappearance of the revolutionary reference. We shall discuss how emancipatory practices and thought have been defined by criticism of that failure, how the disappearance of the 1917 model is perceived in contemporary societies struggling with democratic, liberal or other models ushered in by velvet revolutions or other movements of emancipation and contestation of the established political order.

 

Call for papers

Interested persons are kindly requested to send their presentation proposals to trajoc1917@gmail.com by 15 October 2016. Each proposal should contain the following:
1. A one-page abstract, indicating the theme your paper addresses;
2. A one-page CV, including the institution of affiliation, a career outline, research areas and key publications;
3. Funding requests (for travel and/or accommodation expenses and their estimated cost);
4. A written undertaking to submit your paper by 1 September and your permission for it to be published on a website, access to which will be restricted to registered conference attendees (without citation rights).
A limited number of proposals will be selected after review by the Scientific board. Selection will be made both in terms of the relevance of the proposal and of the consistency of the sessions. The responses to the proposals will be sent by December 15 , 2016.
Practical organisation: The conference will be structured to encourage debate, by alternating between three types of presentation: one or two overview papers; sessions consisting of four full-length papers and a discussion; and roundtables. Papers must be received at least six weeks before the conference to allow for pre-circulation. Accepted papers will be published on a dedicated website.


Organisers

École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et Laboratory of Excellence Tepsis (Transformation de l’État, politisation des sociétés, Institution du social)
Partners : Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (Cercec, EHESS/CNRS, Paris), Centre d’histoire de SciencesPo (Paris), Université de Paris-Diderot, Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (BULAC, Paris), Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC, Nanterre), Fondation maison des sciences de l’homme (FMSH, Paris), Université de Strasbourg, Centre Marc Bloch (Berlin), Centre d’études franco-russe (CEFR, Moscou)


Scientific board

Alain Blum (Cercec, EHESS), Hamit Bozarslan (Cetobac, EHESS), Oleg Budnitskii (National Research University - Higher School of Economics, Moscow), Juliette Cadiot (Cercec, EHESS), Sophie Coeuré (Université Paris-Diderot), Yves Cohen (CRH, EHESS), Françoise Daucé (Cercec, EHESS), Sabine Dullin (Centre d’histoire, Sciences Po), Catherine Gousseff (Centre Marc Bloch, Berlin), Frédéric Gros (Sciences Po), Bruno Karsenti (Lier, EHESS), Emilia Koustova (GEO, Université de Strasbourg), Stephen Kotkin (Department of History, Princeton University, États-Unis), Marc Lazar (Centre d’Histoire, Sciences Po), David Mayer (IISH, Amsterdam), Valérie Mélikian (Cercec, EHESS), Alessandro Stanziani (CRH, EHESS), Alexandre Sumpf (Université de Strasbourg), Marcel Van der Linden (IISH, Amsterdam)

 

Photo : Le soviet de Petrograd en 1917. © Wikicommon