Tchernobyl : impacts, échos et héritages Est/Ouest

Le Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (Cercec, unité mixte EHESS/CNRS, Paris) et ses partenaires du projet ANR-DFG EcoGlobReg organisent le 16 mars 2016, à l’Institut d’études avancées, à Paris, une journée de rencontres scientifiques sur l’impact de la catastrophe de Tchernobyl et sur la manière dont cette dernière est abordée dans les recherches en sciences humaines et sociales à l’Est et à l’Ouest. Sont invitées, entre autres, l’historienne et journaliste Galina Ackerman, et une ancienne liquidatrice à Tchernobyl, Natalia Manzourova.

Le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire Lénine à Tchernobyl, en Ukraine, explose. L’incendie fait rage pendant près de dix jours et des quantités considérables d’éléments radioactifs sont projetées dans l’atmosphère, contaminant une grande partie de l’Europe. Une zone de 30 kilomètres autour de la centrale est évacuée, tandis que des milliers de « liquidateurs » - pompiers, policiers, soldats… – se relaient, au péril de leur vie, pour essayer de contenir les retombées radioactives. L’accident de Tchernobyl sera qualifié de « plus importante catastrophe nucléaire de l’histoire de l’humanité ».

Trente ans plus tard, que sait-on de ses multiples conséquences ? Qui les étudie et comment ? « Outre les plus évidents, notamment sur la santé des populations et sur l’environnement, il faut aussi relever des impacts durables dans les domaines sociétaux et politiques, indique Marc Elie, chercheur au Cercec et co-directeur du projet EcoGlobReg. Nous pouvons par exemple établir un lien entre la catastrophe et la chute de l’URSS. Avec Tchernobyl, trois piliers de la légitimité soviétique s’effondrent : la toute-puissance de la science et de la technologie, la confiance dans la capacité de l’état à gérer les désastres et le culte du secret. »

Pour les scientifiques spécialistes de l’ancien bloc soviétique, les conséquences de l’accident de Tchernobyl doivent donc s’envisager dans une analyse historique d’un régime non démocratique et, surtout, de sa fin. A l’Ouest, en revanche, l’accident relève plus de la sociologie des risques et de celle des médias. « En Allemagne, Tchernobyl a servi de tremplin aux opposants au nucléaire, note Marc Elie. En France, on se souvient de la désinformation volontaire, notamment sur le fameux nuage radioactif qui se serait arrêté à la frontière. »

Histoire et sciences politiques à l’Est, sociologies des risques et des médias à l’Ouest… La catastrophe de Tchernobyl réunit des communautés scientifiques bien distinctes. C’est pour les faire se rencontrer et dialoguer que la journée « Tchernobyl : impacts, échos et héritages Est & Ouest » a été organisée. S’exprimeront Galina Ackerman, chercheuse associée à l'Université de Caen, auteure de Tchernobyl : retour sur un désastre (Paris, Gallimard,‎ 2007) et Les Silences de Tchernobyl (Paris, Éditions Autrement,‎ 2006), Soraya Boudia, professeure de sociologie des risques à Paris 5 Descartes, Katrin Jordan, doctorante au Centre d'histoire contemporaine de Potsdam, Tatiana Kasperski, chercheuse au Centre Koyré, spécialiste de la gouvernance du risque nucléaire en Russie et en Ukraine depuis Tchernobyl, Natalia Manzourova, experte en sécurité radiologique à Ozersk (Russie), ancienne "liquidatrice" à Tchernobyl, Ayşecan Terzioğlu, docteure en anthropologie de l'Université de New-York, professeure à la Koç University (Turquie) et Sezin Topçu, chargée de recherche au Centre d'étude des mouvements sociaux, auteure de La France nucléaire. L’art de gouverner une technologie contestée (Paris, Seuil, 2013).

Programme

Mercredi 16 mars

9:30 Introduction: Melanie Arndt (IOS de Ratisbonne) et Marc Elie (CERCEC CNRS-EHESS)

9:45-11:15

Présidence: Marie-Claude Maurel (CERCEC CNRS-EHESS)

Katrin Jordan (ZZF, Potsdam): It Can Happen Here Tomorrow. The Debate on the Risks of Nuclear Power in West German and French Media after the Chernobyl Accident.

Tatiana Kasperski (Centre Koyré EPHE-CNRS-EHESS): The Half-Life of Chernobyl Public Memory in Belarus: From Heroic Battle to National Suffering to Renaissance of Chernobyl Lands.

11:15-11:45 Pause café

11:45-13:15

Présidence: Laurent Coumel (CERCEC CNRS-EHESS)

Ayşecan Terzioğlu (Koç University, Istanbul): A very Long-lasting Panic and Fear: Chernobyl Effect in Turkey.

Natalia Manzurova (Radiobiologue, ONG Planète de l’espoir, Ozersk): Women at War: Female “Liquidators” of Nuclear Accidents (intervention en russe). Traduction de Katja Doose (Université de Tübingen)

13:15-15:00 Déjeuner

15:00-16:30

Présidence: Nadejda Koutepova (Fondatrice de l’ONG Planète de l’espoir, défenseur des droits de l’homme, Ozersk)

Galina Ackerman (Université de Caen): “Mémoire des naufragés : paysans et ethnographes dans les zones contaminées.“

Sezin Topçu (CEMS EHESS-CNRS): “Don't Worry, Be (W)Healthy!”: Management of Land Contaminated By Chernobyl and Fukushima Accidents.

16:30-16:45 Pause café

16:45-18:00 Keynote

Présidence: Klaus Gestwa (Université de Tübingen)

Soraya Boudia (Cermes3 CNRS-Inserm-EHESS): Research and Let Die: Risks of Low Doses Radiation Before and After Chernobyl.

Langues de travail : Français et Anglais

Lieu : Institut d’études avancées de Paris, Hôtel de Lauzun, 17 quai d'Anjou, Paris 4e

 

INSCRIPTION OBLIGATOIRE : http://www.paris-iea.fr/fr/

 

EcoGlobReg

Histoire environnementale du temps présent : l’Union soviétique et les États successeurs, 1970–2000. Globalisation écologique et dynamiques régionales

Financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) pour 3 ans, à partir de 2014, le projet franco-allemand EcoGlobReg entend étudier les questions de l’écologisation et de la désécologisation de la vie politique et sociale à l’Est : comment les problèmes environnementaux sont-ils devenus des catalyseurs des mobilisations sociales dans les années de la Perestroika (1986-1991) dans les républiques soviétiques ? Pourquoi des millions de personnes sont-elles descendues dans la rue pour protester contre les destructions écologiques et la pollution, participant ainsi à la chute du système soviétique ? Et pourquoi cette vague écologique est retombée si vite dans les années 1990, quand les activistes verts ne sont pas parvenus à mettre en place de parti vert solide dans les états nouvellement indépendants ?

EcoGlobReg réunit une équipe franco-allemande de 13 personnes : Melanie Arndt (IOS Regensburg), Klaus Gestwa (Université de Tübingen),  Marc Elie (Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre- européen, CNRS-EHESS, Paris), Laurent Coumel (Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen, CNRS- EHESS, Paris), Alexander Ananyev (Universität Tübingen) et Raphael Schulte-Kellinghaus (Université de Tübingen) , Garik Galstyan (Université de Lille 3), Carole Ferret (Laboratoire d’anthropologie sociale CNRS/Collège de France/EHESS), Pascal Grouiez (Université Paris Diderot – Paris 7), Raphaël Jozan (Agence française du développement),  Marie-Hélène Mandrillon (CERCEC), Isabelle Ohayon (CERCEC), Jean-Robert Raviot (Université Paris Ouest).

Photo : Le nouveau sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Crédit : Adobe Stock/Photosmart